Greta Thunberg, la jeune Suédoise qui veut sauver la planète

World Economic Forum/Mattias Nutt

A 16 ans, elle fascine par ses discours contre le réchauffement climatique.

Un jour d’août de l’été dernier, Greta Thunberg, alors âgée de 15 ans, a décidé de sécher les cours. Seule, puisque ses camarades de classe n’ont pas voulu l’accompagner, la jeune Suédoise s’est assise de 8h30 à 15h devant le Parlement suédois, à Stockholm. En main, une pancarte avec inscrit: «grève de l’école pour le climat». Et depuis près de huit mois, tous les vendredis ou presque, Greta Thunberg effectue le même rituel au même endroit. Un acte solitaire devenu un mouvement planétaire: la grève mondiale pour le climat, qui a eu lieu le 15 mars dernier.

Une petite fille pas comme les autres

Avant cette soudaine célébrité, «rien de spécial ne se passait dans ma vie», raconte-t-elle au Guardian. «J’ai toujours été cette fille au fond, qui ne dit rien. Je pensais que je ne pouvais pas faire la différence parce que j’étais trop petite», explique-t-elle.

L’adolescente ne vient pourtant pas de nulle part: sa mère est l’une des plus célèbres chanteuses d’opéra du pays et son père est acteur et écrivain. Et elle a aussi quelque chose en plus, le syndrome d’Asperger, diagnostiqué il y a quatre ans: «Je pense trop. Certaines personnes peuvent simplement laisser les choses passer, mais je ne peux pas, surtout si quelque chose me préoccupe ou me rend triste. Je me souviens que quand j’étais plus jeune et à l’école, nos professeurs nous ont montré des vidéos sur le plastique dans les océans, les ours polaires affamés, etc. J’ai pleuré durant toutes les vidéos. Mes camarades de classe étaient inquiets le temps de la vidéo, mais quand c’était terminé, ils commençaient à penser à autre chose. Je ne pouvais pas réagir ainsi. Ces images étaient bloquées dans ma tête.»

De la dépression à la lumière

Greta Thunberg prend alors conscience, vers l’âge de 8 ans, des conséquences de l’action humaine sur l’environnement, mais, avant que cela ne la motive à agir et devenir une porte-parole de sa génération, cela la fait d’abord entrer en dépression, trois ans plus tard. La jeune adolescente quitte alors l’école, restant chez elle, aidée par ses parents.

Elle ira mieux à partir du moment où elle franchit une étape cruciale: convaincre ses parents du danger couru par la planète, vidéos et articles à l’appui. «Au bout d’un moment, ils ont commencé à écouter ce que je disais. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que je pouvais faire la différence. Et je suis sortie de cette dépression parce que j’ai pensé: c’est juste une perte de temps de me sentir comme ça parce que je peux faire tellement de bien dans ma vie. J’essaie de le faire encore maintenant», affirme-t-elle.

Inspirée par le mouvement anti-armes des Etats-Unis

Le pouvoir de persuasion de Greta Thunberg sur ses parents va bien au-delà d’une simple écoute, ils joignent les mots à l’action: ils ne prennent plus l’avion, portant préjudice à la carrière internationale de la mère, et deviennent végétariens. Leur fille, elle, est déjà devenue végane.

C’est le mouvement de protestation contre les armes à feu des élèves de Parkland, en Floride, qui inspirera celui de Greta Thunberg contre le réchauffement climatique. Le 20 août, alors que la canicule provoque des incendies en Suède jusqu’en Arctique, la jeune fille se lance. Au départ, il s’agissait de venir protester devant le Parlement suédois tous les jours jusqu’aux élections législatives suédoises, prévues pour le 9 septembre.  Malgré la réticence de ses parents, Greta Thunberg a tenu son pari, accompagnée chaque jour par un peu plus de personnes solidaires de son combat.

Une leçon donnée aux dirigeants de la planète

Ensuite, ses sorties seront hebdomadaires avec un appel mondial à faire grève tous les vendredis. «Pourquoi devrions-nous étudier pour un futur qui n’existera bientôt plus et quand personne ne fait rien pour sauver ce futur?» interroge-t-elle. Greta Thunberg est entendue, invitée à discourir jusque devant l’ONU, la COP24 ou encore le Forum économique mondial. «Je ne veux pas que vous soyez optimistes. Je veux que vous paniquiez. Je veux que vous ressentiez la même peur que je ressens tous les jours. Et je veux ensuite que vous agissiez», lance-t-elle aux dirigeants mondiaux à Davos en janvier dernier, après les avoir traité d’immatures un mois plus tôt en Pologne, provoquant sa renommée mondiale.

Alors que les chiffres sur le réchauffement climatique sont des plus inquiétants et que les rares dirigeants se disant concernés par l’avenir de la planète se montrent impuissants, Greta Thunberg apparaît pour beaucoup comme la guide d’un nouvel espoir de changement. Peu importe le rôle qu’on veut lui donner ou même les critiques qui pointent déjà, l’accusant d’être manipulée: «Je me fiche de savoir si ce que je fais, ce que nous faisons, est porteur d’espoir. Nous devons le faire quand même. Même s’il n’y a plus d’espoir, nous devons faire ce que nous pouvons.»

Corentin Chauvel

Article écrit par Corentin Chauvel

Journaliste professionnel et généraliste, il a travaillé pour Le Monde, Radio France, Libération, 20 Minutes et EuroNews. Il est aussi co-fondateur de Bom Dia Brésil, magazine spécialisé sur le plus grand État d’Amérique latine.