87% des Français sont contre l’élevage industriel

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Un sondage YouGov réalisé pour CIWF France à l’occasion du salon de l’agriculture 2016 montre que 87% des Français sont contre l’élevage intensif. De même, pour 79% des Français, les conditions d’élevage des animaux sont un critère de choix lors de leurs achats de viande, volaille, oeufs et lait. Pourtant, plus de 80% des élevages sont intensifs en France. Comment expliquer ce décalage? Eléments de réponse avec Claire Hincelin, responsable communication de l’association.

Si les Français sont si hostiles à l’élevage intensif, pourquoi ne changent-ils pas leur type de consommation? 

Sans étiquetage clair comme celui qui existe sur les œufs, il est difficile pour le consommateur de faire son choix. Beaucoup de labels alimentaires annoncent des produits «100% naturels» ou «en direct du producteur» et utilisent des images bucoliques d’animaux broutant paisiblement dans les prés…

Il faut donc des emballages plus clairs?

L’UE a introduit il y a plus de 10 ans un étiquetage obligatoire relatif au mode de production sur les coquilles d’œufs. Depuis l’instauration de cet étiquetage, le nombre de poules pondeuses hors cages en Europe est passé de 19,7% en 2003 à 42,2% en 2012.

En 2013, l’UE a accepté l’étiquetage des poissons selon le mode de capture. A quand un étiquetage du mode d’élevage sur les viandes et produits carnés transformés?

Pourquoi vous battez-vous contre l’élevage intensif?

Car il est la plus grande cause de souffrance animale dans le monde. Il est nocif pour les animaux, les hommes et l’environnement. La fin de l’élevage industriel est essentielle à une politique agricole et alimentaire mondiale durable et respectueuse du bien-être animal.

L’élevage industriel n’est pas seulement mauvais pour les animaux, il est aussi dangereux, injuste et déloyal et peut avoir des impacts allant du changement climatique à la perte de biodiversité, des maladies à l’insécurité alimentaire.

Ceux qui soutiennent cette forme d’élevage affirment que c’est le seul moyen de nourrir la planète…

On entend régulièrement qu’une production supplémentaire de 70% est nécessaire d’ici à 2050 pour nourrir une population mondiale qui atteindra les 9,6 milliards d’individus et ne peut être obtenue que par l’élevage intensif.

Cette idée fixe est largement reprise par les politiques agricoles et alimentaires mondiales, d’où l’avènement des «solutions» industrielles reposant sur les nouvelles technologies au nom d’une sécurité de l’alimentation humaine.

Ce que personne ne précise toutefois, c’est que les ressources naturelles de notre planète  sont en grand danger du fait de l’intensification des cultures et qu’il existe pourtant suffisamment de ressources sur la planète pour nourrir la population à venir.

On estime en effet que la totalité des céréales nécessaires aux élevages intensifs d’ici à 2050 pourrait en réalité nourrir près de 3,5 milliards d’individus chaque année.

Cette forme d’élevage n’est-elle pas la seule qui puisse garantir des coûts bas?

La viande, les produits laitiers et les œufs issus de l’élevage industriel sont apparemment bon marché, mais ils dissimulent en fait des coûts réels très élevés non seulement pour les animaux, mais aussi les hommes et la planète.

A l’heure des réflexions sur les politiques d’alimentation et d’agriculture, il ne faut pas vouloir produire plus mais plutôt produire et consommer mieux. L’élevage industriel est trop souvent vu comme une solution efficace et peu chère pour nourrir notre planète. Mais ceci est loin d’être vrai.

Pour 100 calories de cultures comestibles données à manger au bétail, nous n’avons en retour que 30 calories sous forme de viande ou de produit laitier, ce qui représente une perte de 70%.

Non seulement  les hommes sont en compétition avec les animaux d’élevage pour se nourrir, mais c’est du gaspillage. Et ce gaspillage ne s’arrête pas là. La culture de ces produits destinés à l’alimentation animale appauvrit la terre, épuise les ressources en eau et en énergie et engendre une intensification des monocultures avec fort usage de produits phytosanitaires. En découle une très forte baisse de la qualité des sols, ainsi qu’une hausse de la pollution, des émissions de carbone et de la déforestation, ainsi qu’une perte de la diversité.

Si les aides de la PAC ou encore les coûts de dépollutions des plages bretonnes étaient intégrées dans le prix de la viande, les prix des tranches de jambon flamberaient.

Quelle est la solution pour aider les Français à évoluer?

Les citoyens français doivent prendre conscience de la réalité de l’élevage en France et changer leur mode d’alimentation.

Une alimentation plus durable implique de réduire notre consommation de produits animaux de façon conséquente.