Un oeuf sans souffrance animale? Le projet Poulehouse fait débat

Les initiateurs de Poulehouse affirment avoir la solution pour «commercialiser des œufs n’impliquant aucune souffrance animale». Mais est-ce possible?

Chaque année en France, 100 millions de poules sont tuées après une année passée à pondre. Les poussins mâles ont encore moins de chances, ils sont tués dès le premier jour de leur vie.

Avec Poulehouse, actuellement en crowfunding, Fabien, Élodie et Sébastien affirment avoir trouvé l’idée pour «commercialiser des œufs n’impliquant aucune souffrance animale». Mais ce projet est-il réellement bon pour les animaux? Face à face entre le co-créateur de Poulehouse et Marion de l’association Vegan Impact.

Fabien, co-créateur de PouleHouse: «Enclencher une prise de conscience»

Il n’est pas utile de tuer des poules ou des poussins pour produire des œufs. Avec notre projet, nous ouvrons ainsi un débat aussi bien dans la filière de l’œuf qu’avec les vegans abolitionnistes. Nous sommes encore loin d’une prise de conscience généralisée du problème posé par la souffrance animale dans notre pays.

La consommation d’œuf est très importante, plus de 98% des Français en mangent. Elle provoque le décès prématuré de 100 millions de poules et de poussins chaque année. Le consommateur détient la clef du changement, à condition de lui proposer une alternative.

Chez Poulehouse, nous signons un accord avec des éleveurs bio dont les poules ne sont pas épointées. Au moment de la reforme, nous récupérons les poules et les faisons vivre dans notre refuge. Ces éleveurs sont plus rémunérés afin que cette transition leur soit favorable. Nous commercialiserons ensuite ces œufs à un prix plus élevé: 1€ l’œuf afin d’intégrer tous les coûts associés à notre modèle et assumer la fin de vie des poules.

Sur place, nous créerons un lieu pédagogique où chacun pourra venir voir comment les poules sont traitées et même découvrir les capacités cognitives et sociales étonnantes de cet animal.

Nous voulons favoriser la recherche sur le sexage in ovo qui nous semble une bonne solution: ne couver que les œufs qui donneront des poussins femelles et ne pas faire venir à la vie des poussins mâles pour les tuer aussitôt.

Nous comprenons la vision abolitionniste, mais en 2017, il faut proposer au consommateur un œuf qui ne tue pas de poules et enclencher une prise de conscience et un changement sur ce marché.

Marion, militante pour Vegan Impact: «Aucune garantie de l’absence de souffrance animale»

Tout d’abord, nous saluons la volonté de rendre des filières industrielles plus éthiques, et de supprimer la mort programmée et prématurée des animaux d’élevage. Pour autant, nous sommes contre la promotion d’un projet tel que Poulehouse.

Car si vouloir prolonger la vie des poules pondeuses et éviter le broyage des poussins mâles vivants est une bonne initiative, quid de la production de ces oeufs?

L’élevage certifié bio que propose Poulehouse ne garantit absolument pas l’absence de souffrance animale. Il ne garantit d’ailleurs même pas le respect de la condition de ces animaux.

Rappelons que l’étiquetage 0 ou 1 FR implique seulement que les poules ne vivent pas en cage, ont un espace un peu plus grand, voient la lumière du jour et ont un accès à l’extérieur.

Ainsi, pour nous, elles restent toujours trop concentrées, ce qui impliquera dans tous les cas l’épointage, c’est à dire que les becs ne pourront qu’être coupés pour éviter qu’elles ne se blessent entre elles. Nous ajoutons que l’accès à l’extérieur se résume souvent à un terrain nu, sans herbe ni arbre.

Il en est de même pour le sexage in ovo qu’évoque Poulehouse. Tuer le poussin dans l’oeuf, s’il permet de diminuer les souffrances des mâles, ne sensibilise pas du tout les éleveurs ou le public à l’absurdité de telles pratiques.

Qui est l’Homme pour décider de la vie ou de la mort d’un autre être vivant? Et pour son plaisir gustatif en plus?

La consommation d’oeufs est inutile pour être en bonne santé et il existe de multiples alternatives pour les remplacer au quotidien dans nos plats, nos gâteaux ou nos sauces.

Soulager la conscience des éleveurs en reprenant les poules qu’ils considèrent «périmées» n’est pas une solution pour l’éthique animale et la préservation de l’environnement.

Cédric Garrofé

Article écrit par Cédric Garrofé

Journaliste et fondateur de Vegemag, il s'intéresse à la cause animale depuis près de 15 ans. Il a remporté le Prix Suva des Médias en 2018 et un Online Journalism Awards en 2017, prix le plus prestigieux du journalisme numérique international, avec la rédaction du média Le Temps.