Cyril Aouizerate : « Je souhaite démocratiser le fait de bien manger et montrer que sans nourriture animale, on vit très bien ! »

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Philosophe et urbaniste, Cyril Aouizerate est connu pour avoir lancé avec succès Mama Shelter et les restaurants MOB. Son prochain projet? Les MOB Hôtels, entre « hôtels urbains et monastères laïcs » et qui proposeront uniquement des repas végétaliens…

MOB, c’est un vrai concept pour vous?

C’est plutôt une manière de concevoir ce qui selon moi sera les paradigmes de l’atome de demain, et de partager mes intuitions face aux choix que j’ai faits grâce à ma femme, végétarienne depuis presque toujours.

Dans vos restaurants, vous ne mettez pas en avant le fait que vous proposez de la nourriture végétalienne…

Nos clients sont à 90% des omnivores. Ils veulent avant tout découvrir notre façon de faire. Je refuse de disposer une barrière avec marquée en immense « Végétarien » ou « Vegan ». Cela aurait pour conséquence de faire fuir les gens.

C’est aussi une méthode pour attirer nos frères et sœurs omnivores, et de les amener à s’interroger sur leur régime alimentaire.

Comment êtes-vous devenu végétarien?

Pendant des années je me suis moqué du régime alimentaire de ma femme. Venant du Sud-ouest, tout cela me paraissait un peu exotique.

C’est progressivement, en lisant des magazines et livres posés par elle à droite à gauche que j’ai commencé à m’y intéresser.

J’ai alors compris qu’être végétarien, puis vegan ne relève pas d’une idéologie. Au contraire, c’est très rationnel de le devenir.

De là à décider d’ouvrir un restaurant vegan à New-York…

A l’époque, j’étais connu pour avoir fondé les hôtels Mama Shelter. J’avais envie de faire partager ma manière de vivre et de consommer au plus grand nombre. Je rêvais aussi de lancer quelque chose aux Etats-Unis, et démontrer qu’on peut y réussir tout en étant Français et vegan.

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Le restaurant MOB de Brooklyn a ouvert en 2011. Il est aujourd’hui l’un des plus connus de la ville. Puis récemment, nous avons décidé de revenir à Paris en nous installant à la Cité de la Mode et dans le Marais.

Et maintenant?

J’écris un essai qui parle de mon investissement dans l’hôtellerie et mon veganisme. Il devrait sortir en février.

Surtout, je me prépare à lancer les MOB Hôtels, qui seront une contraction de monastère laïc et de motels urbains. Le premier ouvrira en 2016 aux puces de Saint-Ouen, au nord de Paris.

Des hôtels sans matière animale?

Oui. J’ai voulu commencer par la restauration, maintenant je veux mettre des chambres au dessus. Pour moi, un hôtel est une forme de république rêvée avec ses espoirs.

Je souhaite démocratiser le fait de « bien manger » pendant une semaine, et montrer que sans nourriture animale, on vit très bien ! Mais il y aura aussi le choix pour les clients de commander – auprès des restaurants locaux – les plats qu’ils désirent partager.

Pour moi, c’est une façon de transcrire ma manière de voir le monde. Je réfléchis aujourd’hui à l’idée de mettre des potagers, de proposer du cinéma en plein air dans ces lieux. Je compte aussi installer une vraie librairie qui proposera des livres de poche. Par contre, si vous souhaitez regarder la télé, oubliez! Il n’y en aura pas dans les MOB hôtels.

Des tablettes numériques seront par contre accessibles avec des milliers de contenus en illimité pour nos clients.

Après Paris, je compte en lancer d’autres en France, notamment à Lyon. Les chambres seront accessibles à tous, avec des prix à la carte.

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Le végétarisme se développe en France?

Nous sommes dans un monde globalisé. De plus en plus de personnalités affichent leur régime alimentaire. Cela nous enlève le discrédit de ce que la culture développe dans le discours ambiant, surtout dans notre pays.

Pourtant, il appartient à la culture française qui s’est toujours renouvelée de voir comment on peut vivre sans matière animale. C’est aussi une forme de créativité.

Le monde végétarien ne peut que s’accroître dans le territoire national mais aussi en Europe. Cela va dans le sens de l’histoire. Manger des insectes, je n’y crois pas du tout.

Pour autant, les végétariens continuent d’être régulièrement moqués…

On veut nous faire passer pour des intolérants et on nous caricature. Pourtant, on ne force personne. Ce que l’on veut, c’est défendre une pensée, dans ce qu’elle a de raisonnable. Pour moi, cela relève du progrès humain.

Je suis d’accord avec Claude Lévi-Strauss quand il écrivait que nos enfants et petits-enfants nous jugerons comme des cannibales quand ils apprendront l’existence des abattoirs. Le progrès de l’homme va vers une société végétarienne, c’est indéniable.

Vous voulez changer le monde?

Le monde est une question qui m’intéresse. Et je pense que le métier de l’Homme, est de penser le monde, de s’interroger sur sa capacité à le faire évoluer.
J’essaye de faire en sorte de défendre un progrès humain autour de valeurs universalistes.

Pour moi, se nourrir sans matière animale est une question essentielle. Moi, je refuse de faire la morale au monde.

Tous les jours, je me réveille heureux du fait de me nourrir sans souffrance. Et finalement, c’est déjà pas si mal.

Quelle est la meilleure méthode pour convaincre une personne de renoncer à la viande?

Je ne crois pas aux discours de haine. Il faut au contraire convaincre en étant exemplaire et adopter un discours positif et d’amour. On ne peut pas dire qu’on défend la cause animale en étant agressif et dans la haine de l’autre.

Si l’on veut être crédible, il faut être dans une forme d’éthique personnelle et dans la conviction qu’on est tellement fort dans notre manière de vivre, que cela peut impliquer chez les gens qui nous entourent le fait de rejoindre.

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Lorsque je veux convaincre quelqu’un, je le fais par le goût. C’est mon obsession. Si c’est bon, les gens reviendront. Il faut être réaliste, ce n’est pas facile de convaincre nos frères humains à ne plus manger de viande en leur proposant du tofu ou du quinoa.

Et dans ce sens, je suis très fier de la carte de MOB. Tout est fait maison, même le pain. C’est beaucoup de travail pour proposer de la grande qualité.

Vous semblez remonté contre certaines pratiques militantes…

J’en ai marre de ceux qui nous font passer pour des débiles avec des discours agressifs. Cela n’apporte rien de positif pour nous. Il faut qu’ils s’en rendent compte une fois pour toute.

Clinton est la plupart du temps vegan. De temps en temps il mange du poisson je crois. On parle quand même du président des Etats-Unis le plus aimé de tous les temps. On a un mec intelligent et populaire qui parle continuellement de nous et du régime vegan positivement.

Et après, il y a une sorte de police politique qui se crée pour vérifier ce qu’il va manger tous les jours et le critiquer. Franchement ça fait peur… Un vegan agressif voulant décapiter un omnivore m’effraie plus qu’un chasseur pas très futé, pesant 150 kilos, et qui a du mal à tirer avec son fusil.

Cédric Garrofé

Article écrit par Cédric Garrofé

Journaliste et fondateur de Vegemag, il s'intéresse à la cause animale depuis près de 15 ans. Il a remporté le Prix Suva des Médias en 2018 et un Online Journalism Awards en 2017, prix le plus prestigieux du journalisme numérique international, avec la rédaction du média Le Temps.