La vente en ligne illégale d’animaux sauvages fait toujours des ravages

Le Fonds international pour la protection des animaux vient de publier une nouvelle enquête sur le sujet.

tonyo_au / Pixabay

Le Web, lieu de tous les trafics où il est encore relativement facile de s’offrir des animaux sauvages. C’est ce que relève la dernière enquête du Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw), intitulée «Faune sauvage et cybercriminalité: briser la chaîne» et dévoilée cette semaine.

Quatre pays ciblés dont la France

Pour ce faire, les experts et chercheurs de l’ONG ont enquêté l’an dernier durant près de deux mois dans quatre pays – France, Allemagne, Royaume-Uni et Russie, l’Union européenne et la Russie étant décrites par le réseau de surveillance du commerce de la faune et de flore sauvages Traffic comme «l’un des marchés les plus importants et les plus diversifiés pour les espèces sauvages et leurs produits dérivés dans le monde».

Ils ont ainsi repéré plus de 5 000 annonces et publications sur une centaine de sites mais aussi réseaux sociaux (Facebook et Instagram, 6,2% des annonces) pour une valeur totale de 3 200 000 euros. 80% de ces annonces concernent des animaux vivants, les 20% restants étant consacrés à des morceaux ou produits dérivés.

Les reptiles les plus recherchés

«Une grande partie des espèces visées par les criminels sont proches du point de rupture au-delà duquel leurs effectifs ne seront plus suffisants pour maintenir les populations. Certaines, comme les rhinocéros, ont peut-être déjà atteint ce point», s’alarme dans le rapport d’enquête Rikkert Reijnen, directeur du programme criminalité contre les bêtes sauvages de l’Ifaw.

Les reptiles sont les espèces les plus prisées (55%, soir près de 12 000 animaux recensés, avec 45% de tortues marines et terrestres), devant  les oiseaux (25%, en particulier le perroquet gris du Gabon, dont la population est en déclin), l’ivoire (11%) et les mammifères (5%, félins, primates, ours, rhinocéros…).

L’Allemagne, premier pays du classement

C’est l’Allemagne qui recensait le plus d’annonces (plus de 2 000 pour plus de 6 000 animaux concernés), devant le Royaume-Uni et la France (plus de 1 000 pour près de 2 500 animaux outre-Manche et 2 000 dans l’Hexagone), et la Russie (875 pour plus de 1 000 animaux). Néanmoins, «un peu plus de la moitié des annonces recensées lors de cette enquête contenaient des affirmations de légalité, par exemple signalaient que les objets étaient antiques, qu’ils s’accompagnaient d’un permis Cites ou que les animaux vivants étaient élevés en captivité», précise le rapport, qui reste méfiant: «Les vendeurs qui offraient une preuve présumée de légalité des objets mis en vente ne constituent qu’une petite fraction du total des annonces».

Depuis son premier rapport il y a dix ans, l’Ifaw a pu constater des efforts de la part des gouvernements mondiaux avec un certain nombre de mesures mises en place, mais il reste beaucoup à faire: «Même si cette volonté politique accrue constitue un élément de solution important dans la lutte contre la cybercriminalité liée aux espèces sauvages, il est également vital de renforcer la lutte contre la fraude pour s’assurer que ceux qui enfreignent la loi sont poursuivis en justice et que les menaces de sanctions ont un véritable effet dissuasif».

L’ivoire très recherchée en France

Les sites de vente en ligne aussi, eBay en tête, ont été mis à contribution avec de réels efforts en matière de réglementation et résultats, mais l’ONG reconnaît qu’ils «sont également confrontées au problème du nombre d’annonces à surveiller et des tentatives persistantes de certains vendeurs de contourner les règlements des sites et échapper aux poursuites judiciaires».

En France, ce sont surtout Le Bon Coin et Natura Buy qui servent de plate-forme privilégiée pour la vente de spécimens d’espèces sauvages, notamment d’objets en ivoire. «Même si l’ivoire était de loin le produit le plus fréquent dans les annonces, les chercheurs ont également trouvé 31 spécimens dérivés d’ours – colliers de griffes, crânes et animaux empaillés – ainsi que 20  spécimens empaillés, peaux et dents de guépards, léopards, lions et autres félins sauvages», détaille le rapport. Concernant les animaux vivants en vente, on retrouve en majorité des perroquets (432), des tortutes (336) et des oies (128). Aucun mammifère n’a été recensé.

Corentin Chauvel

Article écrit par Corentin Chauvel

Journaliste professionnel et généraliste, j’ai travaillé pour Bom Dia Brésil, Lepetitjournal.com Brésil, 20 Minutes, Radio France, Le Monde, EuroNews et Libération.