En famille, adopter une alimentation sans viande

Hélène Defossez est une auteure spécialisée dans le végétarisme et la question animale. Elle évoque la sortie du livre «Veggie en famille» aux éditions Leduc.s.

L’auteure Hélène Defossez et la diététicienne Lise Lebrun publient Veggie en famille, un livre pour partager leurs bons plans pour être végétarien ou végétalien au quotidien et se régaler en famille. L’occasion d’aborder la question d’une alimentation végétale dès le plus jeune âge. Rencontre.

Vegemag: Pourquoi ce livre?

Hélène Defossez: Suite à la parution de mon précédent livre, Enceinte et végétarienne, j’ai été amenée a rencontrer beaucoup de personnes dans le cadre de conférences et d’échanges et cela m’a amené à réfléchir à la question de la famille végétarienne et aux problématiques qu’elle rencontre. De ces réflexions est née l’envie de réaliser ce projet d’un grand guide complet destiné à toute la famille afin de répondre aux questions que l’on peut se poser en matière de nutrition, mais pas seulement, lorsqu’on s’intéresse au végétarisme.

Cela m’amuse toujours quand on me demande: «Quel est le sujet de ton prochain livre?» parce que c’est un sujet qui n’en finit pas de me passionner et les gens ont tendance à penser que quand on parle végétarisme on ne parle que nutrition, or ce n’est pas du tout le cas, ça amène à des réflexions sur la philosophie, l’environnement, cela questionne notre rapport à la vie, à l’existence et les végétariens et véganes de longue date le savent bien.

Je trouve aussi qu’il y a encore beaucoup de confusion autour de ce que sont le végétarisme et le véganisme, on le voit aujourd’hui les médias en particuliers avec des faits divers issus de la confrontation entre véganes radicaux et professionnels de la viande, c’est pourquoi j’ai voulu clarifier certains points, faire un petit historique de la pensée végétarienne et donner des définitions claires: qu’est ce que le végétarisme, le véganisme, l’antispécisme etc.

Peut-on devenir adopter une alimentation végétale à tout âge?

Bien sûr. Seulement il est important que chacun suive son propre rythme, chaque individu souhaitant aller dans cette direction fait face à des challenges qui lui sont propres. Ce n’est pas la même chose si vous venez d’une culture ou la viande est omniprésente, si vous avez ou non l’habitude de cuisiner, des connaissances en nutrition et même je dirais également de votre caractère, certaines personnes sont capable de changer des habitudes très ancrées du jour au lendemain sans jamais se retourner en arrière, d’autres auront besoin d’un peu plus de temps.

Le tout est d’avancer à son rythme pour aller vers une transition durable. Passer du jour au lendemain de deux rations de viande par jour au véganisme total, c’est possible, certains le font, mais ça n’est peut être pas un choix judicieux pour tous si la transition elle tellement radicale qu’au bout de quelques mois on décide de tout abandonner!

Quel est le point le plus important pour réussir sa transition?

S’informer au maximum, surtout en matière de nutrition. Ce n’est pas qu’il est «difficile» en soi d’être végétarienne, simplement il faut prendre en compte le fait que nous vivons dans une société ou le végétarisme n’est pas la norme, loin de là, et comme tous choix qui s’écarte de la norme, cela demande un peu plus d’efforts de recherches, de curiosité et d’ouverture d’esprit pour aller chercher les informations dont nous avons besoin.

C’est pour ça que je me réjouis de la multiplication d’ouvrages sur le sujet ces dernières années et de la diffusion de plus en plus large des connaissances dans ce domaine. Je donne dans le livre des conseils spécifiques en lien avec chacune des problématiques que peuvent rencontrer les nouveaux végétariens: relations familiales, nutrition et questions pratiques.

Comment gérer les conflits entre parents qui s’échappent autour de l’alimentation de leurs enfants?

Cette situation n’est pas rare. Le choix de l’alimentation donnée à un enfant n’est pas anecdotique. C’est une décision importante qui raconte beaucoup de choses sur ce que les parents souhaitent transmettre. C’est également une question sensible puisque de nombreuses inquiétudes demeurent autour de l’enfant végétarien ou végane.

Le conseil que je donne tient en deux mots clés: s’informer et s’entourer. Si l’on choisis de ne pas donner de viande à son enfant, c’est sans doute parce qu’on est convaincue que l’alimentation végétale est meilleure pour lui, c’est ce que j’explique souvent quand on me demande si je ne m’inquiète pas que ma fille ait des carence. Je dis que non seulement je n’ai pas peur qu’elle ait des carences mais que si j’ai fait ce choix c’est aussi parce que les nombreuses recherches que j’ai effectuées sur le sujet m’ont conduites à penser que c’était le meilleur choix pour sa santé.

Un choix évident?

Pas toujours pour des personnes qui manquent d’informations au sujet de la nutrition et sont donc perméables à tous les préjugés. Apprendre à faire le tri entre préjugés et connaissances réelles en nutrition est tout à fait indispensable si l’on veut rassurer son entourage. Il faut donc soit même être très bien informé pour pouvoir expliquer avec le plus de pédagogie possible pourquoi il s’agit d’un choix réfléchis et sensé.

Deuxième point, il est bon s’entourer de personnes qui soutiennent notre choix (amis, membres de la famille etc). L’idéal est bien sur d’obtenir l’appui d’un professionnel de santé qui pourra aider à rassurer les éventuels doutes du conjoint sceptique. Ca n’est pas forcément facile à trouver mais ça existe et plus l’information se diffuse, plus l’on trouve de professionnels de santé bienveillants et aidant face à la question du végétarisme chez les enfants.

Quoi qu’il en soit, il me semble impératif qu’une décision de cette importance soit prise dans la sérénité, il convient donc de bien dialoguer afin de s’accorder le plus possible sur le fond et comprendre d’où proviennent les motivations et les inquiétudes de chacun. Il ne faudrait surtout pas que ces questions deviennent un prétexte pour nourrir les rivalités entre les et les autres!

Les besoins des jeunes enfants peuvent-ils être couverts par une alimentation sans viande?

Bien sur, c’est ce que réaffirme dans ses statuts depuis 1987, l’Association américaine de diététique, la plus grande association au monde de professionnels de la nutrition. On peut dire aujourd’hui que l’on a un certain recul sur l’alimentation végétarienne chez l’enfant puisque, dans des pays comme les Etats-Unis, des études menées sur de très longues périodes ont montrées que les enfants végétariens ont une croissance normale et deviennent des adultes en bonne santé.

Mieux, ces adultes ont une espérance de vie plus longue que celle des américains omnivores et sont moins sujets à certains cancers. Je parle bien entendu de toutes ces études dans le livre et si je n’étais pas absolument convaincue de cela, je n’élèverais pas ma fille (qui a maintenant 4 ans et est en pleine santé!) avec une alimentation végétarienne.

Que faut-il surveiller?

Le premier point indispensable à connaitre est la nécessité de se supplémenter en vitamine B12, seule vitamine que l’on ne trouve pas ou en tout cas pas en quantités suffisantes dans les végétaux. Chez l’enfant, il est conseillé par tous les organismes végétariens et véganes sérieux de commencer cette supplémentation dès la diversification alimentaire, à partir du moment où l’enfant n’a plus ou presque plus de lait maternisé et s’alimente sur une rythme similaire à un adulte.

La dose adulte recommandée pour un végane ou végétarien à tendance végane est de 10mg par jour et l’on donne un quart de cette dose aux enfants entre 6 et 24 mois et la moitié de cette dose entre 2 et 12 ans.

Sinon, comme pour tous les enfants il est conseillé de bien faire attention à avoir des apports suffisants en calcium (on trouve le calcium en abondance dans les végétaux et il est mieux assimilable que cela que l’on trouve dans les produits animaux), en fer et en omegas 3 qui peuvent être apportés par les huiles végétales dans l’alimentation (colza, chanvre, lin). 

Comment convaincre une famille consommant beaucoup de viande?

Ce que l’on sait le mieux faire, ce qui nous fait plaisir! Surtout, ne jamais sous estimer la puissance d’un bon repas. Beaucoup de gens pensent encore que le végétarisme est quelque chose d’ennuyeux et triste et quand ils sont agréablement surpris pas un repas riche et délicieux, ils voient leurs préjugés s’écrouler et sont près à s’intéresser réellement au sujet. Cela m’est arrivé de nombreuses fois avec des amis.

Existe-t-il une recette miracle?

J’aimerais bien, mais non. La seule chose à faire est de partager ce qu’on a de meilleur et prendre soi meme plaisir à ce que l’on prépare, sans négliger la présentation, les petites attentions. Si l’on est enthousiaste et que l’on aime vraiment ce que l’on fait il y a de fortes chances pour cela devienne contagieux!

Enfin, on a la chance d’avoir aujourd’hui une offre de plus en plus grande de similis carnés qui sont tout à fait bluffants, personnellement, j’en utilise régulièrement et je pense que ça peut aider à convaincre des carnivores acharnés, c’est le cas de mon mari par exemple qui ne vivait que de «junk food» avant de me connaitre et qui aujourd’hui tient beaucoup à ses veggie burgers et ses nuggets végétariennes.

Quelque chose à ajouter?

Oui, on parle beaucoup d’écologie en ce moment et je tiens à souligner à quel point l’alimentation végétale est la meilleure chance pour l’humanité de se sortir d’une crise planétaire fortement préoccupante.

Encore trop de personnes aujourd’hui n’ont pas conscience que devenir végétarien est de loin la meilleur chose qu’un individu peut faire pour la planète (de nombreuses études l’affirment) et donc pour nos enfants, pour les générations futures. Je pense que si cette information était mieux diffusée, l’intérêt pour se mode d’alimentation ne ferait que grandir encore.

Veggie en famille (18 euros, Editions Leduc.s)

Cédric Garrofé

Article écrit par Cédric Garrofé

Journaliste professionnel et fondateur de Vegemag, il s'intéresse à la cause animale depuis près de 15 ans. Il a remporté le Prix Suva des Médias en 2018 et un Online Journalism Awards en 2017 avec la rédaction du journal Le Temps.