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Abandon des fruits et légumes, comportement sédentaire: les mauvaises habitudes alimentaires des Français inquiètent

Deux études alarmantes du Crédoc et de l’Anses sur le sujet sont sorties cette semaine.

Hasard ou coïncidence, le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) et l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) ont publié tous les deux cette semaine les résultats de leur étude respective sur les habitudes alimentaires des Français. Et, dans les deux cas, ce n’est pas très glorieux.

Manger cinq fruits et légumes par jour, un échec

Commençons par celle du Crédoc, qui se concentre sur le suivi des Français de la recommandation officielle, depuis 2001, de manger cinq fruits et légumes par jour. Pour l’organisme, ce programme est désormais en total échec.

La crise économique serait passée par là et «en 2016, malgré la reprise, on n’a jamais eu aussi peu de grands consommateurs de fruits et légumes, que ce soit chez les enfants ou les adultes», observe-t-il, précisant même: «Aujourd’hui, les générations les plus jeunes consomment quatre fois moins de fruits et de légumes que leurs grands-parents».

Le profil des personnes respectant le moins les recommandations officielles est le suivant: des «individus vivant dans des familles de deux enfants ou plus, très peu diplômés et habitant plutôt dans la moitié nord de l’Hexagone». Des milieux défavorisés donc où le surpoids et l’obésité ont augmenté l’an dernier, chez les adultes comme chez les enfants. 35% des enfants issus de milieux défavorisés sont touchés par le surpoids ou l’obésité, qui touchent aujourd’hui 19,8% des jeunes Français.

Un quart des Français respectent les recommandations officielles

Ainsi, de manière générale, 25% des Français mangent cinq fruits et légumes par jour (contre 31% en 2010), un pourcentage qui n’atteint que 6% chez les seuls enfants. Ces dernières années, cette baisse de consommation a progressé plus vite chez les Français les plus diplômés et, géographiquement, dans le nord du pays.

Comment expliquer que, malgré ces recommandations affichées depuis 2007 dans toutes les publicités alimentaires, les jeunes les suivent de moins en moins?

«Les modes de vie plus urbains des jeunes générations les conduisent vers un mode d’alimentation de plus en plus orienté vers la praticité. L’éloignement entre le domicile et le lieu de travail les incite à manger plus souvent hors de chez eux. De plus, l’augmentation des temps passés devant des écrans les pousse à l’achat de produits faciles à consommer tels que les pizzas, quiches, sandwiches, pâtes ou riz. Le temps des repas et celui de la préparation sont plus faibles», répond le Crédoc, qui appelle donc à «la mise en place de politiques publiques ciblées et de proximité (…) pour réduire au plus vite les fractures alimentaires».

Les hommes mangent plus que les femmes

Si les trois-quarts des Français ne mangent donc pas cinq fruits et légumes par jour, que consomment-ils? C’est sur ce sujet spécifique que l’Anses a enquêté durant six ans, dont le verdict est le suivant:

«Les Français consomment en moyenne 2,9 kg d’aliments chaque jour (1,6 kg pour les enfants et 2,2 kg pour les adolescents), soit environ 2200 kcal, dont 50% de boissons. Les femmes privilégient généralement les yaourts et fromages blancs, les compotes, la volaille, les soupes et les boissons chaudes. Quant aux hommes, qui mangent plus que les femmes, ils sont plutôt amateurs de fromages, de viandes, de charcuteries, de pommes de terre, de produits céréaliers et de crèmes dessert. Une assiette des français dans laquelle on trouve toujours plus de produits transformés, une nette augmentation des compléments alimentaires depuis 2007, encore trop de sel et surtout pas assez de fibres».

Les disparités existent selon différents critères (âge, sexe, niveau d’étude, lieu de vie…). «Par exemple, les adultes de 65 à 79 ans consomment plus d’aliments fait maison, les hommes consomment plus de denrées animales crues, les individus ayant un niveau d’étude supérieur ou égal à bac+4 davantage de fruits et deux fois moins de boissons rafraîchissantes sans alcool et les habitants des grandes agglomérations consomment plus de poissons, confiseries, chocolat et jus de fruits que dans les zones rurales (plus de charcuteries, de légumes et de fromages), etc.», décrit l’Anses.

Un comportement sédentaire alarmant

L’organisme n’est également pas satisfait de ces habitudes alimentaires générales, pointant une progression de certaines pratiques potentiellement à risque telles que l’augmentation de la consommation de denrées animales crues (poisson et viande de bœuf notamment), des temps plus longs de conservation avant la consommation des denrées périssables, des dépassements plus fréquents des dates limites de consommation et des températures relevées dans les réfrigérateurs parfois inadaptées.

L’Anses pointe du doigt également le statut pondéral et le niveau d’activité physique des Français, qui reste insuffisant.

«Le pourcentage d’individus présentant un comportement sédentaire est alarmant puisque la moitié des adolescents de 11 à 14 ans, deux tiers des adolescents de 15 à 17 ans et plus de 80% des adultes de 18 à 79 ans sont concernés. En sept ans, le temps quotidien passé devant un écran, hors temps de travail, a augmenté de 20 minutes en moyenne chez les enfants et d’1h20 chez les adultes», constate-t-elle, réclamant à son tour des politiques publiques afin de prévenir ces mauvaises habitudes.

Corentin Chauvel

Journaliste professionnel et généraliste, j’ai travaillé pour Bom Dia Brésil, Lepetitjournal.com Brésil, 20 Minutes, Radio France, Le Monde, EuroNews et Libération.