Réseau Cétacés: «Le vrai spectacle est dans la nature, pas dans les delphinariums»

La présidente de l’association Réseau Cétacés Sandra Guyomard fait le point sur la situation des cétacés en France et dans le monde.

Où en sommes nous de la protection des cétacés? Est-il possible d’observer ces animaux marins sans se rendre dans des delphinariums? Sandra Guyomard, présidente de l’association Réseau Cétacés, fait le point.

Vegemag: L’arrêté sur la captivité des cétacés en France a été annulé. Que s’est-il passé?

Sandra Guyomard: Le Conseil d’État, une institution indépendante du Gouvernement, saisie par les trois parcs marins détenant des cétacés en France métropolitaine, a en effet estimé qu’un vice de procédure entachait l’arrêté.

L’interdiction de reproduction des grands dauphins, même si elle représentait une belle avancée, est une mesure qui avait été ajoutée au texte définitif après que celui-ci ait été présenté aux deux commissions compétentes et après présentation au public. Il est important de garder à l’esprit que l’arrêté n’a pas été remis en cause sur le fond, mais uniquement sur la forme, et que cette décision ne fait que faire gagner du temps aux parcs détenant des cétacés.

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Qu’est-ce que cette décision change?

Par l’annulation de cet arrêté, nous disons au revoir, et non pas adieu, aux belles avancées du texte – dont l’atout majeur était de condamner les delphinariums à moyen terme en interdisant le renouvellement des populations captives de cétacés – mais également à des bassins plus grands, zones d’ombres, enrichissement du milieu de vie, interdiction d’utilisation du chlore, arrêt des spectacles de nuit, fin des contacts directs entre les visiteurs et les cétacés….

Nous retournons à la législation relative à la captivité des cétacés de 1981 (arrêté du 24 août 1981), avec des règles moins contraignantes pour les parcs présentant au public les 34 cétacés captifs actuellement répertoriés en France. Ce n’est que partie remise.

Pour Nicolas Hulot, l’arrêté était trop bancal. Il affirme travailler sur le sujet. Qu’en pensez-vous?

Nicolas Hulot s’est engagé sur l’élaboration d’ un nouvel arrêté avec, sur le fond, la «même ambition» que celle qui avait conduit à la publication du texte du 3 mai 2017. Avec cet arrêté, le gouvernement français reconnaissait enfin la souffrance des cétacés captifs.

La France ne doit plus être la mauvaise élève de l’Europe. Nous nous réjouissons que Nicolas Hulot travaille sur le sujet, tout en restant à l’écoute d’interlocuteurs compétents, et d’un public de moins en moins épris de spectacles artificiels mettant en scène des dauphins et des orques privés de liberté.

Le parc Marineland d’Antibes veut miser sur les attractions sans animaux…

C’est le plus beau cadeau que le Parc Marineland puisse faire aux animaux: ne plus les contraindre à exécuter des tours appris contre de la nourriture. La technologie virtuelle est l’avenir des parcs puisque nous voulons croire qu’un jour ou l’autre les spectacles mettant en scène des animaux sauvages seront interdits.

Le jour où le parc Marineland renoncera aux shows d’un autre temps, notre équipe se rendra avec plaisir à l’un de ces spectacles en 5D!

Parmi les bonnes nouvelles, la Corée vient d’interdire l’importation de dauphins issus des battues de Taïji.

En Islande, la chasse au rorqual va reprendre. Le Japon continue de pratiquer la chasse à la baleine. Où en est aujourd’hui la protection des mammifères marins?

La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) contrôle et réglemente, depuis 1975, le commerce international des espèces inscrites à ses annexes.

Fondée en 1948, l’Union Internationale pour la conservation de la Nature (IUCN) attribue aux espèces un statut de conservation qui fait référence dans la communauté scientifique, et à partir desquels elle édite sa liste rouge des espèces menacées.

La chasse commerciale à grande échelle a décimé, au début du XXème siècle, toutes les grandes espèces de baleines à fanons.

C’est dans ce contexte de surexploitation des populations de baleines que la Commission Baleinière Internationale (CBI) a été créée en 1946. Celle-ci a pour mission «la conservation judicieuse de l’espèce baleinière» et «le développement ordonné de l’industrie baleinière». La France adhère immédiatement.

«L’espèce baleinière», selon la CBI, comprend 13 espèces dont les baleines à fanons (baleines franches, rorquals, etc…) et le cachalot qui est un cétacé à dents. Les petits cétacés (les dauphins) sont exclus de la CBI. En 1982, alors que certaines populations de baleines ont chuté de 80%, elle décide d’un moratoire qu’elle fait appliquer en 1986. Celui-ci interdit la chasse commerciale; mais, il autorise la chasse à des fins scientifiques ainsi que la chasse aborigène de subsistance. C’est sur cette faille du moratoire que des pays tels que le Japon, l’Islande ou encore la Norvège s’appuient pour chasser les baleines. La CBI n’a néanmoins aucun pouvoir de sanction. L’adhésion des pays est libre.

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Mais certains pays agissent-ils pour protéger les cétacés?

Au niveau national, nous voyons certains adoptent des lois en faveur de la protection des cétacés.

C’est ainsi que, par exemple, des mesures de protection ont été prises récemment en Amazonie à l’égard du dauphin rose.

Au Canada, les lois américaines qui limitent le bruit des navires de marchandises et la circulation maritime – près des populations menacées d’orques de la côte Ouest – semblent également efficaces d’après une récente étude.

La République Dominicaine vient d’adopter une législation révolutionnaire interdisant la commercialisation de nouveaux dauphins sur l’île pendant cinq ans.

Enfin, parmi les autres bonnes nouvelles, la Corée vient d’interdire l’importation de dauphins issus des battues de Taïji.

Donc, les consciences s’éveillent, les choses bougent et avancent dans le bon sens. Les cétacés sont mieux protégés qu’avant mais, paradoxalement, ils doivent faire face également à un impact humain de plus en plus oppressant (pêche industrielle, pollution, trafic maritime etc…).

Les cétacés sont présents tout le long du littoral français, les admirer en mer ne coûte pas plus cher que d’aller les voir en delphinarium.

De nombreuses personnes aiment se prendre en photo en train de nager avec les dauphins pour poster les clichés sur les réseaux sociaux. Comment réagissez-vous face à ces pratiques?

Les réseaux sociaux sont un formidable vecteur de communication alors autant les utiliser pour diffuser la «bonne» information. Le vrai spectacle est dans la nature, pas dans les delphinariums. Nous encourageons les internautes à embarquer en mer à la découverte des cétacés libres et de ne surtout pas oublier leur appareil photo.

Les cétacés sont présents tout le long du littoral français, les admirer en mer ne coûte pas plus cher que d’aller les voir en delphinarium. Il est néanmoins important de préciser que le whale-watching (observation des cétacés en milieu naturel) peut être une cause de dérangement pour les cétacés, il convient donc d’embarquer avec un équipage responsable qui adopte la charte d’approche des cétacés.

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Quels sont les prochains combats sur lesquels votre association entend se mobiliser?

Réseau-Cétacés entend tout d’abord suivre de près, et participer à l’élaboration d’un nouvel arrêté régissant les règles de détention des cétacés en France. Nous avions d’ailleurs activement participé à l’élaboration de l’arrêté initial aux côtés d’autres interlocuteurs concernés. Nous avons demandé à rencontrer Monsieur Nicolas Hulot, forts de la pétition «Les cétacés et la captivité» qu’il a d’ailleurs lui-même soutenue. Celle-ci compte à ce jour plus de 74 000 signatures.

Une autre action importante, toujours en cours, concerne la plainte déposée en décembre 2015 à l’encontre de Marineland, pour «maltraitance, acte de cruauté et mise à mort sans nécessité».

Pour le reste, nous continuons sur notre lancée. En janvier, une partie de notre équipe s’était rendue à Taïji, au Japon, afin d’aller prêter main forte au Dolphin Project et de documenter les chasses qu’y s’y tiennent pour notamment approvisionner les delphinariums en dauphins. Cette expérience a plus que jamais renforcé notre volonté de sensibiliser le public et d’alerter les médias et les pouvoirs compétents, notamment à l’occasion de la tenue de nos stands parisiens «Sea U in Paris», des interventions et expositions dans les écoles, avec utilisation de casques de réalité virtuelle, lors de projections des documentaires «The Cove, la baie de la honte» et «Blackfish, l’orque tueuse» ou du Japan Dolphins Day.

Nos combats coups de cœur pour 2018 restent nos vastes opérations #LibertéDauphins et #PourUneFranceSansDelphinarium qui visent à sensibiliser les Personnalités francophones à la condition des cétacés captifs.

Cédric Garrofé

Article écrit par Cédric Garrofé

Journaliste professionnel et fondateur de Vegemag, il s'intéresse à la cause animale depuis près de 15 ans. Il a remporté le Prix Suva des Médias en 2018 et un Online Journalism Awards en 2017 avec la rédaction du journal Le Temps.