Loi agriculture et alimentation: un texte sans intérêt?

Plusieurs mesures fortes ont été abandonnées en cours de route.

L214 Ethique et animaux

Votée en première lecture mercredi par l’Assemblée nationale, la loi agriculture et alimentation est loin d’avoir fait l’unanimité parmi les associations de défense de l’environnement et des animaux.

Au cours de débats intenses qui ont eu lieu pendant près d’une semaine, le texte et ses promesses fortes a été peu à peu dénaturé. Ainsi, si la France a promis la fin de l’utilisation du glyphosate dans les cinq ans à venir, son interdiction n’a pas été inscrite dans la loi, comme le souhaitait pourtant une partie des députés de la majorité gouvernementale.

«Régression» et «reniement»

L’interdiction de la vente d’œufs de poules élevées en cage a elle aussi été retoquée au profit d’un moratoire sur la construction de nouveaux bâtiments d’élevage de volailles en batterie, «autrement dit rien puisqu’il n’y a plus d’installations ou d’extensions depuis plusieurs années faute de débouchés», a déploré L214 dans un communiqué. Néanmoins, ces derniers temps, les enseignes de grande distribution annoncent les unes après les autres la fin programmée de la vente de ces œufs dans leurs magasins dans un délai qui correspond plus ou moins à celui promis au départ par le gouvernement.

Autre promesse de campagne refoulée: la mise en place de la vidéosurveillance dans les abattoirs. Enfin, une expérimentation aura bien lieu… mais seulement dans les établissements volontaires. Cité par Europe 1, le député Olivier Falorni, à l’origine de cette proposition, a dénoncé une «régression» et un «reniement» du gouvernement. «Malgré les 80% de chaînes d’abattage présentant des non-conformités, les députés se sont dissimulés derrière des paroles lénifiantes, en faisant référence à des cas isolés, à une confiance inconditionnelle aux dirigeants d’abattoirs ou en invoquant la non-stigmatisation des ouvriers», a renchéri L214.

De nombreux reculs pour de petites avancées

D’autres mesures concernant la publicité (l’affichage obligatoire de l’étiquetage Nutri-Score, l’interdiction ou limitation de la publicité pour des produits trop salés, sucrés ou gras pour les enfants…) et la restauration scolaire (option végétarienne, interdiction des contenants en plastique…) ont également été rejetées.

Cependant, la loi agriculture et alimentation n’est pas complètement vide non plus, avec quelques autres petites avancées comme l’interdiction des bouteilles d’eau dès 2020 et l’introduction de 50% de produits bio dans les cantines scolaires, un étiquetage plus détaillé des aliments (mode d’élevage des animaux, leur nourriture et origine géographique…), l’interdiction du dioxyde de titane E171 ou encore l’usage obligatoire des doggy bags dans les restaurants.

Corentin Chauvel

Article écrit par Corentin Chauvel

Journaliste professionnel et généraliste, il a travaillé pour Le Monde, Radio France, Libération, 20 Minutes et EuroNews. Il est aussi co-fondateur de Bom Dia Brésil, magazine spécialisé sur le plus grand État d’Amérique latine.