Je sors avec un non-vegan, voici mon témoignage

Caitlin est une militante pour les droits des animaux et fondatrice du site Earthix.org. Elle raconte pourquoi elle se sent bien avec un omnivore alors qu’elle est vegane.

On m’a souvent demandé comment je fais pour sortir avec un non-vegan. Je me suis posée plusieurs fois pour y répondre rapidement, mais chaque fois que je l’ai fait, quelque chose m’a arrêté.

Cette question sur le fait de sortir avec un omnivore est une expérience monumentale en tant que vegane et elle mérite une discussion, une réflexion et de l’attention en tant que sujet. Ce n’est pas une réponse simple. Je ferai de mon mieux pour partager ma propre expérience.

Que mon compagnon ne soit pas vegan me dérange

Je serai franche. Très souvent, le fait que mon petit ami mange de la viande et des produits laitiers me semble catastrophique. Je regarde souvent les derniers reportages sur les fermes industrielles, voyant des images terribles de veaux séparés de leur mère après la naissance ou je lis les dernières études sur les émissions de gaz à effet de serre issues de l’élevage industriel.

Lorsque vous vous mettez devant des images et des faits effrayants qui impliquent l’exploitation animale, la dégradation de l’environnement et la torture d’êtres dotés de raison, il est difficile de voir votre bien-aimé manger une pizza aux lardons sans aucune attention pour la planète.

En tant que personne qui veut connaître l’origine de notre nourriture, voir la douleur et la souffrance inhérente à la viande et aux produits laitiers, cela devient difficile de ne pas considérer sa moitié carnivore comme le méchant de l’histoire.

Comment peut-on s’aimer?

Certaines nuits, je m’interroge. Comment quelqu’un si proche de moi peut m’aimer, me connaître et ne pas changer? Comment mon petit ami – aussi drôle, généreux, amusant et philosophique qu’il soit – peut en quelque sorte exister dans le même groupe de personnes que je combats chaque moment de ma vie? Je me trouve littéralement au lit avec l’ennemi.

Il y a eu des moments dans notre relation où j’ai levé les yeux au ciel en tant que vegane. Lorsque nous avons commencé à sortir ensemble, il m’a dit qu’un repas sans viande n’en était pas un. Il m’a aussi plusieurs fois affirmé qu’il essayait de manger moins de porc. Je me réjouis de la nouvelle, puis je trouve des tranches de jambon dans mon réfrigérateur…

Les dîners familiaux, les vacances ou les fêtes exigent tous que je me débrouille, ce qui n’est pas un problème pour moi du tout – il faut s’y attendre pour quelqu’un qui a un «style de vie alternatif», mais il présente définitivement une certaine contrainte sociale. Je me trouve en train de me demander si les gens pensent que mon partenaire est étrange de sortir avec une vegane.

Et en plus il pêche!

Il y a eu une fois où on est parti camper avec un groupe et il m’a dit qu’il allait pêcher. Je me suis lancée dans une impardonnable séance de questions-réponses, l’interrogeant ce qu’il pouvait ressentir de positif en prenant la vie d’un autre être vivant, voulant connaître ses motivations pour ce besoin soudain de pêcher un poisson hors de l’eau. Avait-il quelque chose à prouver? Je lui ai dit que s’il avait besoin de tuer un poisson pour se sentir connecté à sa nourriture, il était préférable de ne pas apporter d’autre viande du supermarché lors de notre voyage.

A un moment durant la discussion, il a plaisanté sur le fait que je ne voulais pas me considérer comme une militante vegane (bon argument de sa part), j’ai commencé à pleurer, et il m’a dit que j’avais probablement raison et que le monde n’était tout simplement pas prêt à l’entendre. Qu’il le pense ou qu’il ait simplement voulu mettre fin à ma frustration, je ne sais pas – il est parti pêcher et cela n’a pas mordu, j’étais enchantée de cela.

Mais il a aussi des atouts

Pourtant, je retrouve aussi soutien, gentillesse et compassion dans ma relation. Même quand je ne trouve pas ces choses, je me rends compte que ce n’était pas dû à un manque de soutien de sa part, mais un manque d’attention de mon côté.

Les problèmes de notre dynamique vegane/omnivore sont généralement les miens, et ne viennent pas d’une incompatibilité ou de réticence de sa part. Très souvent, je lui suis même reconnaissante de partager ma vie si intimement, alors que mes valeurs vont à l’encontre des siennes.

Une éducation mutuelle

En réalité, chaque jour est une opportunité pour une éducation mutuelle. L’autre jour, mon petit ami est revenu à la maison, et m’a dit qu’il avait vu une affiche sur un cours de cuisine vegane gratuit et m’a demandé si j’aimerais y aller.

Je pense qu’il n’aurait jamais eu le moindre intérêt pour un cours de cuisine vegane il y a quelques années. Je me souviens d’un autre jour où il est rentré d’un cours choqué après avoir vu un t-shirt «Je mange des vegans» porté par quelqu’un!

J’adore aller chez ses parents quand sa mère essaie une nouvelle recette vegane qu’elle souhaite partager avec moi, que le reste de sa famille la mange ou non. Sa soeur me demande des informations sur la laine ou le miel.

Lors d’une journée en mode vegan très en colère, j’ai demandé à mon copain comment je devrais m’y prendre pour détruire les abattoirs (soyez informés, chère police, que je ne l’ai jamais fait!). Il m’a calmement parlé d’autres processus qui seraient plus pacifistes et efficaces. Ma passion peut être soudaine et indomptable, lui m’aide à la canaliser.

Pas facile pour lui

Il est important de rappeler qu’être un omnivore et sortir avec une vegane n’est pas non plus de tout repos. Souvent, mon petit ami reçoit le poids de mon hostilité car c’est une hostilité que je ne peux pas partager avec quelqu’un d’autre. Il m’écoute informer mes meilleurs amis qui ne savent pas ce qu’est le véganisme.

Il me laisse aussi lui crier dessus de manière sarcastique quand il boit du lait au chocolat. Il fait aussi face à des gens qui roulent des yeux quand il mentionne que sa petite amie est une blogueuse vegane.

Les gens ne me prennent probablement pas toujours au sérieux, et je suis sûr que cela peut être ennuyeux de témoigner et expliquer. Même décider d’écrire sur notre relation, je me rends compte que je l’expose aux critiques potentielles de vegans auxquels il n’a pas demandé d’être exposé.

Maintenant, je ne dirais pas du tout que ces choses sont d’énormes fardeaux à porter, mais ce sont des inconvénients qui seraient autrement évités dans une relation entre deux omnivores, ou deux vegans et pourtant, il choisit de faire face aux inconvénients de toute façon.

Un lien avec le reste du monde

De nombreux vegans adoptent une ligne dure. Ils ne s’associent pas aux gens qui consomment des produits d’origine animale, ils ne s’associent pas avec leur famille omnivore pour partager le repas de Noël. Ils perdent des amis et rompent des relations pour souligner le sérieux de leur cause. Je comprends leur implacable application de valeurs, mais, pour moi, cela n’a pas de sens.

S’isoler de personnes qui ne se trouvent pas sur la même longueur d’onde est dangereux. Cela met fin à la communication. Cela détruit une chance de compréhension. Plonger dans la vie de quelqu’un drastiquement différente de la vôtre est la seule façon de répandre votre connaissance et votre mode de pensée.

Les statuts Facebook «Retire moi maintenant de tes amis si tu…» sont courants. Cela permet aux gens de vivre dans leur propre bulle de croyance.

Le carnisme est partout, on ne peut y échapper

Le mouvement vegan se compose d’une multitude de formes d’activisme, et même si je ne suis pas toujours d’accord avec les catégories ligne dure, controversées, dans ta figure, j’imagine que c’est ce qui leur semble le plus juste et ce qu’ils croient le plus progressif pour le mouvement. Que vous choisissiez ou non de rompre les liens avec ceux qui sont à l’extérieur du véganisme, les vegans se heurteront toujours au carnisme quotidiennement.

Nous travaillons dans des établissements non-vegans, avons des amis et des familles non-vegans. Nous allons aux supermarchés qui vendent de la viande et des produits laitiers. Nous établissons des liens professionnels et assistons à des réunions avec des non-vegans. Nous pouvons même tomber amoureux d’eux.

Le carnisme est partout, et à mesure que le mouvement vegan se développe, nous continuerons à nous étendre dans ces espaces.

Nous sommes des ambassadeurs

Tandis que les vegans de ligne dure choisissent de déclarer leur non-association, il est également nécessaire que les gens créent des relations de long terme avec ceux qui ne comprennent toujours pas le véganisme.

Lorsque nous choisissons de vivre avec des personnes qui consomment encore des produits d’origine animale, nous devenons des rappels vivants et des représentants d’une alternative sans cruauté. Nous alimentons la discussion par interaction, alors que les vegans de ligne dure alimentent la discussion par la controverse. À chacun sa manière de faire.

Un copain vegan serait-il meilleur?

Un partenaire vegan serait-il idéal? Peut-être. Est-ce qu’avoir un partenaire omnivore qui passerait au véganisme serait meilleur? Bien sûr que oui!

La vérité est que si je sortais avec un vegan, ce vegan serait aussi très bien capable d’être un imbécile complet. Rencontrer quelqu’un qui s’harmonise parfaitement avec vos valeurs ne garantit pas toujours le bonheur, et cela ne garantit certainement pas que vous ayez rencontré la bonne personne. Et vous savez quoi? Peu importe combien je produis, écris, pose des questions et exprime ma frustration envers lui, mon partenaire ne m’a jamais reproché de lui mettre la pression avec «mes croyances». Jamais.

Au bout du compte, beaucoup de gens vivent cette réalité, que ce soit des religions différentes, des cultures différentes ou des positions politiques différentes. Je pense que le message sous-jacent est que l’amour et les relations sont, d’une certaine manière, d’un autre monde.

Les règles que nous appliquons à notre vie quotidienne ne transcendent pas nécessairement ce que nous aimons. Cela a toujours été ainsi, et c’est une bonne chose.

Article écrit par Caitlin A-C

Vegane et cofondatrice du site Earthix.org