Il est temps de voter une loi pour interdire la captivité des cétacés

orques

Sandra Guyomard, la présidente de Réseau Cétacés, explique sur Vegemag pourquoi il est temps de proposer une loi pour libérer les cétacés captifs.

Vous avez sans doute entendu parler, ou même vu les documentaires chocs « The Cove » ou « Blackfish ». Depuis leur diffusion, les choses évoluent. Et aujourd’hui, les associations ne sont plus seules à monter au front pour sensibiliser à la condition des cétacés captifs. De plus en plus d’anciens dresseurs nous rejoignent dans notre combat.

Parmi eux, Richard O’Barry, ancien dresseur des dauphins de la série Flipper, qui a souvent déclaré que « le sourire du dauphin est la plus grande déception de la nature, car il donne l’impression que l’animal est toujours heureux ». Repenti, l’américain soutient sans réserve que l’ « industrie de la captivité » s’est construite sur cette illusion d’optique.

Les cétacés ne méritent pas de vivre dans des bassins

Les faits sont avérés. Les bassins de captivité – aussi grands soient-ils – ne répondent en rien aux besoins physiologiques des cétacés.

Sur la saison de chasse 2013/2014 à Taïji (Japon), 1450 petits cétacés ont été capturés. Parmi eux, 834 jugés « sans valeur marchande » ont été tués pour la consommation alimentaire, et 158 vivent aujourd’hui dans des delphinariums. Une chance pour ces animaux marins? Pas vraiment.

Je voudrais exposer quelques données :

– Le traumatisme lié au changement d’environnement, lors de l’arrivée en bassin, multiplie le taux de mortalité du dauphin par 6.

– 1.400 tours de bassin chaque jour sont nécessaires à une orque pour parcourir la même distance que l’animal devrait faire s’il vivait en milieu naturel.

– En milieu naturel, d’ailleurs, un dauphin passe 80% de son temps sous la surface. Il y déploie un répertoire comportemental très varié (socialisation, chasse, accouplement etc…) alors qu’en captivité il est indispensable de le maintenir en surface pour les shows, ce qui le prive de toute stimulation en immersion.

– En captivité, un dauphin bénéficie de deux repas par jour. Le reste du temps, son alimentation est fonction de sa docilité lors des tours.

– 4 accidents mortels ont été provoqués par des orques captives sur leurs dresseurs. Alors qu’en milieu naturel, il n’y a jamais eu d’attaque d’orque sur l’homme de recensée. La captivité altère le comportement « normal » du cétacé, qui peut adopter des comportements violents envers les dresseurs.

Des évolutions notables

Pour autant, alors que le Marineland d’Antibes recueillerait près de 1,3 millions de visiteurs par an pour un ticket d’entrée à 39 euros, une association comme Al Lark ne demande qu’un euro de plus – 40 euros – pour observer des dauphins en liberté, nager dans la Manche.

Il y a pourtant des évolutions notables. 62.116 personnes ont déjà signé une pétition de sensibilisation « Les cétacés et la captivité ». Plus d’1 million de Français ont visionné « Blackfish » lors de sa diffusion sur Arte en juin. Et tout récemment, des manifestations ont fait beaucoup parler dans le sud de la France pour dénoncer l’activité du Marineland d’Antibes. Oui, les consciences s’éveillent.

Une loi pour protéger les cétacés

L’association que je préside, estime que le cadre légal de protection des cétacés doit être renforcé par l’adoption d’une loi ne permettant plus de maintenir des individus captifs sur le territoire.

A moyen terme, car le dressage en bassin consiste à briser la nature même de l’animal et à le rendre totalement dépendant, pour la nourriture notamment.

cetace1

Libérer tous les cétacés captifs n’est malheureusement pas envisageable. Mais les orques et dauphins – jugés non réhabilitables – pourraient être placés en « lagon de retraite », c’est à dire des baies fermées en milieu naturel où on ne leur imposera plus de « performances artistiques ». C’est ce que nous demandons.

Ne plus fermer les yeux

Je voudrais conclure simplement. La nature complexe des cétacés ne pourra jamais être appréhendée en bassin.

C’est en fermant les yeux sur la souffrance imposée aux cétacés captifs, que nous nous rendons complices d’une industrie lucrative et létale.

Pour aller plus loin :

>> Observer les cétacés en milieu naturel

>> Participer aux actions de Réseau-Cétacés

Sandra Guyomard

Sandra Guyomard, présidente de Réseau Cétacés.