Minuit sur Terre, marque de chaussures véganes tendances

Marie Viard-Klein est créatrice d’une marque française de chaussures véganes.

Marie Viard-Klein a lancé son entreprise «Minuit sur Terre», qui propose des chaussures véganes tendances. Elle détaille sa stratégie et ses prochains projets. L’occasion aussi de mieux comprendre les étapes pour lancer sa propre marque.

Pourquoi avoir lancé cette marque?

Lorsque j’ai voulu m’acheter une paire de chaussures véganes labellisées en juin 2016, j’ai pris conscience qu’il n’y avait que peu de marques, et surtout, aucun modèle qui me plaisait. J’ai passé des heures à écumer tous les sites existants, et malgré le fait que les chaussures avaient l’air bien finies et de bonne qualité, le style ne me plaisait pas du tout.

Et pourtant, j’ai des goûts assez classiques en matière de chaussures. C’est à ce moment la que l’idée de créer ma propre marque a commencé à germer dans mon esprit.

Est-ce ton activité principale?

Je ne suis à temps plein sur le projet que depuis le mois de janvier, mais déjà les choses ont bien avancé. La fabrication de la deuxième collection est en cours, elle devrait arriver tout début décembre.

Et nous avons déjà lancé les prototypes pour le printemps été. Tout va très vite, mais c’est aussi ce qui fait notre succès: on ne tergiverse pas sur des détails, la prise de décision va très vite.

Quels sont les processus pour réaliser une paire de chaussures?

Avant de fabriquer une paire, il faut d’abord l’imaginer. Je commence par faire des recherches sur les tendances des prochaines saison, je fais des tonnes de captures d’écran de choses qui me plaisent.

Ensuite, je fais des mini croquis, et une fois que je suis certaine des modèles, je passe la main à ma petite soeur, l’artiste de la famille, qui se charge de les dessiner parfaitement.

Ensuite, nous choisissons les matières parmi les fiches coloris à notre disposition de différents fournisseurs. Il y a aujourd’hui beaucoup de choix dans les similicuirs, beaucoup de couleurs et d’aspects différents.

Et ensuite?

Une fois les choix définitifs, nous envoyons ce qu’on appelle des «fiches techniques» aux usines qui réalisent un premier prototype (un seul pied, pour ne pas gâcher de matière).

Evidemment, il y a toujours des modifications à faire ensuite, et avec nos retours, les usines refont jusqu’à ce que le modèle soit parfait. Généralement il faut deux prototypes avant d’arriver au modèle définitif. Et ensuite, on lance la fabrication!

Votre gamme commence à 95 euros…

Les prix peuvent paraitre élevés, mais quand on ne connait pas le processus de fabrication ou de fonctionnement d’une entreprise, c’est normal!

Ce qui nous coûte le plus cher, évidemment, c’est la fabrication. Tous les modèles sont conçus dans de petites usines dans la région de Porto (Portugal). Cela nous permet de faire de petites séries et d’avoir plus de flexibilité sur les réassorts par exemple.

Mais bien évidemment cela a un coût: il faut bien payer les employés, le fonctionnement des machines, l’électricité, etc.

Au total, plus d’une trentaine d’euros pour une paire de bottines, sans compter le prix des matières (qui viennent d’Italie), qui coûtent environ 15€ par paire (matières extérieures, talon, semelle, boucles, impression du logo sur la semelle…).

Il y a ensuite des frais annexes indispensables comme les boites, le papier de protection, les étiquettes, le transport vers notre entrepôt..

Et enfin, dernier gros budget, et pas des moindres, la TVA. Sur une paire à 140€, beaucoup oublient qu’on ne touche que 115€, le reste partant directement dans les poches de l’Etat.

Et la livraison?

C’est un aussi un coût très important. Nous offrons les frais de port sur toutes les commandes, mais à chaque fois cela nous coûte entre 7 et 8€. Sans parler des retours et des échanges, à notre charge également.

Finalement, il ne nous reste déjà pas tant que ça, mais c’était une volonté de notre part: on ne voulait pas proposer des prix exorbitants, car une paire de chaussure à 200€, trop peu de personnes peuvent se le permettre.

Produire en plus grosse quantité pourrait-il réduire les coûts?

Beaucoup le pensent mais c’est loin d’être certain, car de nombreux coûts se grefferont: la logistique, que nous gérons en interne mais qu’il faudra externaliser, les salaires des personnes qui rejoindront l’équipe car qui dit plus de quantité dit plus de travail, les frais de communication (médias, shooting…) beaucoup plus importants car qui dit plus de chaussures fabriquées dit besoin de toucher beaucoup plus de monde pour les vendre.

La seule façon pour réduire les coûts serait d’aller fabriquer ailleurs, par exemple en Asie, et avec des matières moins qualitatives. Je refuse.

Devenir une multinationale n’est pas notre objectif. Je préfère rester une petite boite viable qui fait des produits de qualité plutôt que de produire toujours plus.

Je comprends très bien que ce soit un budget, mais il faut faire des choix: on ne peut pas avoir une paire de chaussures fabriquée dans de bonnes conditions et de super qualité à 50€.

Quels sont vos prochains projets?

Nous commençons à réfléchir à une ligne de sacs/petite maroquinerie ainsi qu’à des chaussures pour hommes et pourquoi pas pour enfants. Mais cela demande du temps de préparation, et surtout des moyens pour investir.

Avant de se lancer sur tous les fronts, on va d’abord solidifier notre coeur de métier (la chaussure pour femme) et si tout roule, on lancera de nouveaux projets.

Article écrit par Cédric Garrofé

Cédric Garrofé

Journaliste et responsable des réseaux sociaux, Fondateur de Vegemag, Professeur au Centre de formation au journalisme et aux médias, Spécialisé en communication politique.