Les chimpanzés savent améliorer leurs outils

Comme les humains, ils sont capables de les faire évoluer pour en obtenir de plus efficaces, selon une nouvelle étude suisso-britannique.

Dr Hobaiter

Les chimpanzés toujours plus proches des humains. Ils auraient la capacité de créer de nouveaux outils et d’abandonner ceux qui seraient moins performants, selon une nouvelle étude menée par une équipe suisso-britannique et publiée ce mercredi dans la revue Proceedings of the Royal Society : Biological Sciences.

«Il a longtemps été suggéré que l’évolution cumulative des comportements culturels est propre à l’être humain. Aujourd’hui, cette étude démontre que les chimpanzés sont aussi capables d’évoluer, suggérant que cette faculté provient de notre ancêtre commun», indiquent les auteurs, issus des universités de Neuchâtel, Genève et St Andrews, dans un communiqué.

L’éponge, une révolution

Pour arriver à leurs conclusions, les chercheurs en biologie ont observé des chimpanzés de la région de Sonso, en Ouganda, et d’un outil dont ils se servent en particulier: une éponge. Des études précédentes avaient montré que les primates avaient conçu l’objet à partir de mousse et qu’ils s’en servaient pour recueillir des liquides.

Mais avant que cette éponge ne soit inventée par les singes, c’était de feuilles qu’ils se servaient. Les chercheurs ont donc voulu comprendre comment les animaux étaient passés d’un outil à un autre, l’éponge se révélant bien plus facile à concevoir et à utiliser, et comment l’information s’était propagée au sein de leur communauté.

Des connaissances culturelles

Noémie Lamon, qui a dirigé l’étude, a mené une expérience durant la saison sèche auprès de 20 chimpanzés, observant comment ils extrairaient de l’eau contenue dans une bûche en présence des deux outils: feuilles et mousse. Elle a remarqué que neuf primates connaissaient la technique de l’éponge avec la mousse et sept d’entre eux l’ont utilisée, tandis que les onze autres n’en avaient pas connaissance et la majorité a voulu utiliser les feuilles pour récupérer l’eau.

«Ces résultats montrent que les choix des chimpanzés dans cette expérience sont basés sur leurs connaissances culturelles. Les chimpanzés qui connaissaient la technique améliorée avant l’expérience ont choisi la mousse de manière préférentielle, alors que les chimpanzés qui n’avaient jamais testé cette technique n’ont pas considéré la mousse comme un matériel pouvant servir à retirer l’eau de la bûche. Il faut donc connaître la mousse, et potentiellement ses propriétés, pour l’utiliser, démontrant l’implication des connaissances culturelles des chimpanzés dans le choix des outils», expliquent les auteurs.

La révolution est en marche

Mais comment expliquer que le meilleur outil que représente l’éponge n’ait pas été connu et donc utilisé par la majorité des chimpanzés? La réponse est écologique, selon les chercheurs: «La mousse est trouvée en quantité importante dans les parties marécageuses de la forêt, où l’innovation initiale a eu lieu, mais en moindre quantité dans les zones plus sèches. Cette différence cruciale fait que seuls les chimpanzés des zones marécageuses utilisent et propagent au sein de leur groupe cette technique, limitant sa diffusion et son utilisation dans des contextes plus secs.»

Néanmoins, si la révolution industrielle ne s’est pas répandue aussi rapidement que cela dans toutes les aires de la forêt, on trouve tout de même des chimpanzés d’autres zones se servant de l’éponge faite en mousse, apprenant petit à petit à leurs congénères les bienfaits de cette invention. Ce n’est donc qu’une question de temps avant que les feuilles ne soient définitivement délaissées pour la mousse, ce nouvel outil restant 100% végétal.

Corentin Chauvel

Article écrit par Corentin Chauvel

Journaliste professionnel et généraliste, il a travaillé pour Le Monde, Radio France, Libération, 20 Minutes et EuroNews. Il est aussi co-fondateur de Bom Dia Brésil, magazine spécialisé sur le plus grand État d’Amérique latine.