Le débat sur les tests médicaux sur les singes relancé après la diffusion d’une nouvelle vidéo

L’association Animal Defenders International a publié une vidéo montrant les conditions de vie de singes d’un laboratoire néerlandais.

Animal Defenders International

«Nés pour souffrir». C’est le titre de la nouvelle vidéo choc dévoilée le mois dernier par Animal Defenders International (ADI), montrant les conditions de vie de singes au Biomedical Primate Research Centre (BPRC) de Rijswijk, aux Pays-Bas. Sur les images – qui datent néanmoins de mars 2017 -, on voit notamment des primates encore conscients être tatoués et subir des tests par des employés peu concernés par leur souffrance apparente.

>> Voir la vidéo d’ADI (en anglais) ci-dessous:

«La manière dont (les singes) sont traités dans la vidéo est choquante et inhumaine. J’estime que les personnes impliquées dans ce type de recherche sur les primates devraient envisager d’utiliser des procédures alternatives qui n’impliquent pas d’expérimentation sur des êtres intelligents et sensibles. Cette recherche devrait être supprimée dès que possible», a dénoncé la célèbre primatologue Jane Goodall, citée par le Daily Mail.

D’après le quotidien britannique, le laboratoire de recherche néerlandais possède près de 1 600 singes, dont une majorité de macaques, élevés par groupes de 20 à 40. Lorsque des maladies leur sont inoculés, ils sont isolés dans de petites cages avant d’être tués.

Le Parlement européen déjà pour la fin des tests il y a 11 ans

Après avoir soulevé l’émotion des Néerlandais – alors que le gouvernement avait déjà décidé récemment de réduire de 40% les tests sur les singes, allant vers leur suppression, la vidéo a été montrée la semaine dernière à l’Intergroupe sur le bien-être et la conservation des animaux du Parlement européen, qui se réunit tous les mois afin de discuter des mesures à prendre en ce sens. Le thème de l’expérimentation animale, notamment sur les singes, n’est pas nouveau pour l’institution européenne qui avait déjà émis une déclaration sur le sujet en septembre 2007.

A l’époque, le Parlement européen mettait en avant la souffrance subie par les primates, d’autant plus lorsqu’ils étaient capturés dans la nature, et appelait à «la suppression progressive de l’utilisation de tous les primates non humains présentant des alternatives».

Trop tôt, selon la Commission européenne

Mais cet appel n’a pas été suivi d’effet. Sans se déclarer non plus contre cette mesure forte, la Commission européenne, l’organe exécutif de l’UE, lui répondait qu’«un calendrier assorti d’un délai fixe pour empêcher toute utilisation de primates non humains n’est pas possible à l’heure actuelle, car les avancées scientifiques n’ont pas encore atteint le stade qui rendrait cette programmation réaliste».

Or, selon Jan Creamer, président d’ADI, cité par le Daily Mail, «compte tenu des différences entre les primates et les êtres humains, il ne peut y avoir aucune justification scientifique ou éthique à continuer à utiliser les primates dans ce type de recherche».

La Chine et les Etats-Unis pour reprendre le flambeau

Les efforts menés par les associations de défense des animaux, soutenues par l’opinion publique, portent tout de même leurs fruits car l’utilisation des primates est tout de même en train de décroître en Europe (10 000 en 2007, 6 000 aujourd’hui). Mais «la conséquence de ceci est (le risque) qu’une grande partie de ces recherches se déplaceront ailleurs», selon Stefan Treue, directeur du laboratoire de neurosciences cognitives du German Primate Centre de Göttingen (Allemagne), cité par The Scientist.

La Chine fait partie de ces pays désirant reprendre le leadership en termes de recherche utilisant des singes. «Il y a beaucoup de financement et la recherche sur les primates est au premier plan. La Chine estime qu’elle sera un chef de file dans la recherche sur les primates et je ne doute pas que cela sera vrai», a déclaré la chercheuse américaine Anna Wang Roe au site scientifique. «Une réduction de l’utilisation de primates non humains, ou de toute autre espèce, basée uniquement sur le nombre et non sur des raisons scientifiques, ne va pas diminuer l’utilisation de ces animaux dans le monde entier. Cela signifiera simplement un déplacement de la recherche vers d’autres pays», a renchéri Greg Westergaard, qui dirige un centre de recherche sur les primates en Caroline du Sud (Etats-Unis) accueillant à lui seul 6 000 singes, soit autant que dans toute l’UE.

Corentin Chauvel

Article écrit par Corentin Chauvel

Journaliste professionnel et généraliste, il a travaillé pour Le Monde, Radio France, Libération, 20 Minutes et EuroNews. Il est aussi co-fondateur de Bom Dia Brésil, magazine spécialisé sur le plus grand État d’Amérique latine.