La fin des tests sur les animaux est-elle possible?

Rien qu’en Europe, plus de 11,5 millions d’animaux subissent chaque année des tests au nom de notre santé. Si la plupart des scientifiques souhaitent conserver cette pratique, des alternatives existent.

Jean-Etienne Minh-Duy Poirrier/Flickr

La dernière controverse sur les tests réalisés par Volkswagen sur des singes a relancé le débat sur les tests sur les animaux. Si pour la plupart des chercheurs, ces derniers ne sont pas près de disparaître, d’autres proposent des méthodes moins cruelles ou même d’interdire totalement l’expérimentation animale.

Expansion de la règle des 3 R

Interrogée par Deutsche Welle, Jo Neill, qui travaille en psychopharmacologie avec des rats à l’université de Manchester, estime que dans son domaine, «il est impossible de penser à trouver une alternative pour faire ce genre d’expériences de comportement en psychiatrie». La chercheure injecte notamment des produits aux rongeurs pour analyser leur manière d’apprendre et de mémoriser.

Pour Arnaud Gavard, de l’association Pro Anima, qui milite contre l’expérimentation animale, «les expériences en comportement psychiatrique auront nécessairement une portée très limitée puisqu’il s’agira d’extrapoler des résultats obtenus sur des rongeurs à l’homme, espèce hautement évoluée au comportement social très riche sans commune mesure avec le comportement social d’un rat». «C’est le même constat pour l’attribution d’un produit chimique à un rat: le résultat ne sera pas nécessairement transposable à l’être humain», insiste-t-il auprès de Vegemag.

Cependant, les scientifiques font de plus en plus face à la pression du public, et ne doivent plus occulter des alternatives. Etablie en Grande-Bretagne dès 1959, la règle des 3 R a été étendue à l’Union européenne ainsi qu’à l’Amérique du Nord: elle consiste à remplacer, réduire et améliorer l’emploi d’animaux en recherche. Des pays comme la Chine, l’Inde et le Brésil commencent peu à peu à l’appliquer.

«En France le nombre d’animaux utilisés en recherche repart à la hausse»

Jo Neill, par exemple, explique qu’elle réutilise les rats qui participent aux tests en leur permettant de se reposer entre chaque batterie d’examens, sous la supervision d’un vétérinaire. De même, ils sont gardés dans un environnement le plus confortable possible. «Si l’animal ne va pas bien, alors les résultats de vos expériences n’auront aucun sens», souligne Jo Neill.

Pro Anima reste sceptique. «La règle des 3 R avait été un progrès en 1959 car on partait de rien. Aujourd’hui, elle constitue un cadre figé avec des ambiguïtés certaines car on réutilise plusieurs fois des animaux donc, en effet, cela participe à la réduction du nombre d’animaux utilisés, mais provoque une plus grande souffrance pour celui qui est utilisé plusieurs fois. Et finalement quelle réduction réelle? Puisque en France le nombre d’animaux utilisés en recherche repart à la hausse», juge Arnaud Gavard.

«Nous avons vu récemment une expérience dont la procédure consistait à empêcher une souris de dormir: celle-ci était confinée dans une boîte maintenue sur un système mécanique qui réveillait l’animal toutes les six secondes afin d’étudier le cycle du sommeil. Dans ce résumé d’expérience, il était précisé que tous les standards de bien-être animal avaient été respectés, mais on voit bien les limites d’une telle affirmation. Il s’agissait bien d’empêcher l’animal de dormir. Parler de bien-être animal dans les laboratoires, cela est difficilement crédible», illustre-t-il.

Les tests de Volkswagen condamnés par les chercheurs

Concernant les tests menés par Volkswagen, la communauté scientifique les condamne car ils sont, selon elle, ni éthiques ni justifiés. «Si vous estimez que vous devez faire une étude à l’aide d’animaux, vous devez avoir un argumentaire convaincant pour le Comité de protection et d’utilisation des animaux en milieu institutionnel pour expliquer pourquoi cela est justifié, et vous devez le faire avec le plus petit nombre d’animaux et le moins de souffrance possibles», a déclaré Thomas Hartung, directeur du Centre d’alternatives aux tests sur les animaux (CAAT) de Baltimore (Etats-Unis), à Deutsche Welle.

A défaut de pouvoir abandonner les tests sur animaux, la prochaine étape, qui se répand plus chez les scientifiques, serait de faire appel à des bêtes génétiquement modifiées. Autre solution: le développement de cellules souches et autre récupération d’organes. C’est la spécialité par exemple de la start-up française Genoskin, qui récupère et recycle de la peau humaine provenant d’opérations chirurgicales, utilisée ensuite pour des tests d’entreprises cosmétiques, pharmaceutiques et chimiques, ou encore des laboratoires de recherche.

Pro Anima, elle, croit au virtuel: «La simulation par ordinateur permet de recréer la structure d’une pathologie sur l’organisme afin d’obtenir un système valable. Les banques de tissus humains comme les banques de cerveau, permettent l’étude sur l’organe à court terme et enfin, la technique des organes sur puce permet d’imaginer de reproduire la métabolisation d’une substance. Tous ces outils utilisent des cellules humaines et proposent donc des résultats applicables à l’espèce humaine».

Corentin Chauvel

Article écrit par Corentin Chauvel

Journaliste professionnel et généraliste, il a travaillé pour Le Monde, Radio France, Libération, 20 Minutes et EuroNews. Il est aussi co-fondateur de Bom Dia Brésil, magazine spécialisé sur le plus grand État d’Amérique latine.