Gary Yourofsky: «L’essentiel est d’adopter un discours de vérité»

Gary Yourowski

Avec ses vidéos et conférences,Gary Yourofsky a convaincu des dizaines de milliers de personnes de renoncer à la viande. Personnalité influente mais aussi controversée, il s’exprime sur Vegemag.

Que faites-vous aujourd’hui? Vous continuez vos conférences?

Oui. En ce moment je suis à Akron, une ville située dans l’Ohio à l’est des États-Unis. Je me prépare à donner 6 discours pour 170 élèves en 3 jours. Et depuis le 2 février je n’arrête pas. J’en ai présenté 86 dans 11 états. Habituellement j’en réalise près de 200 chaque année!

Vous arrivez à convaincre beaucoup de personnes?

Mes interventions sont appréciées par des milliers d’étudiants chaque année. Ainsi que par des dizaines de professeurs qui me font l’honneur de m’inviter dans des cours qui évoquent l’éthique, la philosophie, les droits des femmes, la nutrition, l’expression publique ou la sociologie. Ces derniers me disent que j’arrive à convertir 15 à 20 % de leurs élèves à chaque fois que je donne une conférence. Et 50 % de ceux qui ne sont pas convertis réduisent drastiquement leur consommation de produits d’origine animale!

Qu’est-ce qui vous étonne le plus lors de vos interventions?

L’ignorance des gens, leur étonnement quand je raconte les atrocités commises envers les animaux. C’est pourquoi je prône toujours un activisme éducatif.

Le célèbre discours de Gary Yourofsky donné à l’université de Georgia Tech en 2010

Vous envisagez de venir en France?

Malheureusement je n’ai rien de prévu pour le moment. Que ce soit en France ou ailleurs. J’ai vraiment beaucoup à faire aux États-Unis. Et Israël m’a pris tout mon temps libre ces deux dernières années.

Comment convaincre une personne de stopper la viande?

L’essentiel est d’adopter en permanence un discours de vérité, tout en mettant l’accent sur l’éthique. C’est ce que j’essaye de faire lors de mes interventions.

Et vous, c’est quoi qui vous a convaincu?

Mon beau-père était clown pour le Cirque des Shriners. Un jour, il m’a demandé de venir avec lui en coulisses. Je suis arrivé face à trois éléphants enchaînés au sol. De la tristesse, du désespoir et de la peur émanaient de leurs yeux, de leurs corps. Ils bougeaient dans tous les sens pour essayer de se libérer.

Il y avait aussi un singe qui ne cessait de crier tout en saisissant les barreaux de sa prison. Et deux tigres qui tournaient en rond nerveusement dans leurs minuscules cages. J’avais 23 ans, et la cruauté me regardait en face. Je savais que quelque chose n’allait pas.

C’est donc comme ça que tout à commencé…

Oui, c’est ce spectacle esclavagiste, disons-le, qui m’a poussé à m’interroger sur l’origine de la nourriture, de mes chaussures, ou de ce qu’il se passe réellement dans un laboratoire de recherche qui a recours à des animaux. Finalement, j’ai décidé de me rendre par moi-même dans l’abattoir de porc de Thorn Apple Valley, situé à Detroit. J’y suis resté 6 semaines.

Et comment a été cette expérience?

Je ne pouvais pas en croire mes yeux. J’étais dévasté. La crainte des animaux et leurs cris plus étaient insoutenables, effroyables. J’ai compris que je devais faire un choix. Allais-je devenir leur ami, ou leur ennemi? Allais-je être hypocrite ou éthiquement cohérent? Car comment pouvais-je condamner les pratiques que j’avais observé dans un cirque mais pas celles qui poussent à assassiner des animaux dans un abattoir? J’avais 23 ans, c’était en 1995. Le végétarisme a été ma première étape. Un an après, je suis devenu végan.

abattoir

Aujourd’hui, l’abattoir de Thorn Apple Valley n’est plus qu’un tas de ruines

En tant que végan, comment voyez-vous l’avenir?

Je pense sincèrement que le véganisme est la seule solution pour recréer une sorte de paradis sur Terre. Nous avons la possibilité de vivre dans un lieu commun où les humains considèreraient les animaux avec respect et admiration. Et les animaux verraient les humains avec une attitude distante mais intéressée. Il est temps de se reconnecter à la nature pour le bien des animaux, de l’environnement et de l’humanité.

C’est une nécessité pour que l’humanité progresse?

Protéger les plus faibles est la première des conditions pour qu’une société soit éclairée et civilisée. Et comme l’écrivain français Milan Kundera l’a très bien expliqué, il ne pourra jamais y avoir de paix sur Terre sans libération des animaux: «La vraie bonté de l’homme ne peut se manifester en toute liberté et en toute pureté qu’à l’égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l’humanité, ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci: les animaux. Et c’est ici que s’est produite la plus grande déroute de l’homme, débâcle fondamentale dont toutes les autres découlent» disait-il.

Cédric Garrofé

Article écrit par Cédric Garrofé

Journaliste professionnel et fondateur de Vegemag, il s'intéresse à la cause animale depuis près de 15 ans. Il a remporté le Prix Suva des Médias en 2018 et un Online Journalism Awards en 2017 avec la rédaction du journal Le Temps.