«Vivre végan, le nouvel eden?», un documentaire pour comprendre l’essor de l’alimentation végétale

Souvent remplis d’additifs, les substituts industriels à la viande ne sont pas toujours bons pour la santé et l’environnement.

Le 10 janvier dernier, Arte diffusait un documentaire du journaliste John Kantara pour comprendre si le veganisme est bien une philosophie de vie «plus saine et écologique».

Peut-on vraiment manger équilibré, prendre du plaisir, et respecter l’environnement, en ne consommant aucun produit d’origine animale?

>> Revoir le documentaire en intégralité ci-dessous

Un mouvement qui attire les entreprises

Après avoir présenté le véganisme comme «l’avatar absolu du végétarisme» et un «mouvement contestataire devenu populaire», le journaliste allemand tente de montrer comment les convictions éthiques des uns se sont vite transformées en parts de marché au profit de quelques autres.

Pourtant, le véganisme est plus une philosophie qu’un régime alimentaire: en excluant tous les produits issus de l’exploitation des animaux par l’homme, les végans expriment leur refus de toute cruauté envers les animaux. Ils s’engagent à ne consommer qu’une «nourriture garantie sans cruauté», ce qui n’est pas réellement relevé dans le documentaire.

La question du goût

Le documentaire s’intéresse d’abord à la question du goût. John Kantara nous fait découvrir la diversité et l’inventivité de la cuisine végane, à travers les réalisations culinaires de la cheffe du Gentle Gourmet, un restaurant vegan parisien.

Il évoque aussi ces blogueurs qui diffusent chaque jour de nouvelles recettes gourmandes, à base de légumineuses, de seitan ou de laits végétaux.

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Mais, en dehors des restaurants gourmets et des cuisines de pro, quel goût ont les aliments végétaux de substitution? Le journaliste se rend dans un supermarché végan, pour jeter un œil sur les fromages à base de laits végétaux, dont la plupart contiennent, relève-t-il, des arômes artificiels. Le journaliste en déduit ainsi que le régime végan serait, de nature, plutôt fade. Pour autant, quelques efforts en cuisine et beaucoup d’épices suffisent à retrouver le plaisir de manger.

L’énigme des protéines

Autre question abordée dans le documentaire: mais où les végan trouvent-ils leurs protéines? Kantara y répond par un reportage dans des champs de Lupin Bleu, une excellente source de protéines végétales.

Le journaliste a aussi la bonne idée d’aller plus loin et d’interroger des scientifiques sur la réalité de nos besoins en protéines aujourd’hui. Avons-nous encore besoin de viande? demande-t-il à un anthropologue.

Selon ce spécialiste, la viande a été utile à un moment de notre évolution, et même avoir été utile dans le développement de notre cerveau. Mais aujourd’hui, avec notre mode de vie sédentaire contemporain, ce type d’alimentation ne serait plus justifiée. Pire, elle pourrait être à l’origine de nouvelles maladies, comme des cancers.

Le documentaire se penche aussi sur la polémiquée née en Italie, autour des carences d’un enfant vegan en vitamine B12.

Plus saine la vie?

Le documentaire s’attaque ensuite à un autre préjugé, en remarquant que les produits végan «de supermarché», contiendraient tout autant de sucres et de graisses que les produits industriels classiques.

En effet, l’industrie agroalimentaire a flairé le potentiel de ce nouveau marché et surfe sur cette tendance, aussi bien en Allemagne qu’aux États-Unis, où le marché des aliments végétaux de substitution pèse déjà plusieurs milliards de dollars.

Ce marché intéresse d’autant plus les industriels, que le prix de vente des produits animaliers est désormais trop bas pour assurer des marges convenables… alors que la culture du soja, notamment, elle, est très rentable.

Ceci conduit d’ailleurs à des abus, dévoilés par le reportage. On apprend ainsi que la culture du soja non bio est fortement défavorable à l’environnement, car exigeante en pesticides.

Pire: sa transformation en produits comestibles exige une opération chimique impliquant de l’hexane, une molécule hautement toxique pour l’environnement.

Steak artificiel

La dernière partie du documentaire, consacrée aux innovations, est tout à fait frappante. On découvre qu’une myriade de laboratoires, financés par l’industrie agroalimentaire, sont actuellement au travail pour inventer les produits qui remplaceront bientôt la viande, le fromage ou les œufs.

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Certains imaginent une viande artificielle, créée en laboratoire à partir de cellules souches. D’autres développent des fromages issus de lait de poisson génétiquement reconstitué. Des inventions qui ouvrent une porte aux véritables révolutions alimentaires du XXIème siècle.

Alors que les comportements de l’industrie de la viande dégoûtent de plus en plus de consommateurs, ce documentaire montre que le véganisme n’est plus une «revendication élitiste», mais une véritable tendance populaire, sur laquelle les industriels comptent bien surfer, loin des considérations éthiques de la plupart de leurs consommateurs.

Written by Jacques Tiberi

Jacques Tiberi

Jeune papa, #Juriste & #Journaliste #Modes2vie #Questions2Société #Innovations, Rédacteur de @lefond2lair

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